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book:
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author: Ken Liu
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title: Jardins de poussière
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comment:
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date: 2022-11-13
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 112
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Ce Jardins de poussière est la réédition en poche du deuxième recueil de nouvelles de Ken Liu en français, initialement paru au Bélial en 2019. Les textes ont été sélectionnés par Dominique Martel et Ellen Hertzfeld, lesquels sont remerciés par l’auteur dans un avant-propos où il donne également son sentiment sur ce choix, la forme courte ou son écriture en général. Un avant-propos intéressant, mais que nous allons tâcher d’ignorer ici afin de ne pas le paraphraser tant il guiderait le travail du chroniqueur.
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Ken Liu est né en Chine et vit aux États-Unis. Outre son activité d’écrivain, il est aussi traducteur et a notamment fait connaître Liu Cixin en Occident. Les textes de Ken Liu, vus du vieux continent, possèdent une couleur particulière due à son histoire personnelle, à ses origines. Le rapprochement qu’il fait fréquemment entre les cultures asiatique et américaine, ses choix pour le lieu de l’action ou pour ses protagonistes (sans compter la présence d’un grand nombre de figures féminines), rendent extrêmement dépaysantes ses nouvelles.
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Nouvelles qui ne peuvent être catégorisées de manière simple. Certaines relèvent de la science-fiction et d’autres de la fantasy, certaines sont presque hors-genre. Ce qui les unit, c’est l’intérêt de Ken Liu pour ses personnages, toujours au centre du récit. C’est aussi l’Histoire et la mémoire, thèmes récurrents chers à l’auteur de... L’homme qui mit fin à l’Histoire. Nombre de récits sont ainsi au croisement du progrès et du drame intime.
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Le livre s’ouvre sur la nouvelle éponyme qui, en quelques pages seulement, fait l’éloge de l’art et de l’insignifiant dans un décor cosmique et technologique de pure science-fiction. Dans La dernière semence, Ken Liu retourne l’argument de la panspermie avec un récit plus court encore, dans lequel la simplicité du texte le dispute à l’émotion. Sept anniversaires illustre toute la sensibilité de l’auteur, avec la vie singulière d’une femme au sein d’une humanité qui se transforme à la manière de celle de Diaspora de Greg Egan.
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Dans un contexte plus contemporain, Nœuds est une très belle fable qui illustre la marche du monde capitaliste et l’accaparement du vivant par les brevets. Plus sombre, Empathie bysantine met en scène la confrontation de lobbies et d’activistes avec l’aide de technologies de pointes (réalité virtuelle, blockchains). Le sujet est original, les points de vue antagonistes sont intelligemment argumentés et la conclusion, réaliste, est empreinte d’un cynisme tout à fait actuel.
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Dans un registre plus fantasy, enfin, La fille cachée est un conte chinois qui parle d’empires et de justice sur fond de manipulation des plans de réalité. Quant à Bonne chasse, il est le récit de l’implacable modernité qui gagne la Chine sous la forme du train et de la machine à vapeur, reléguant dans l’oubli les campagnes et les démons qu’elles abritaient. Il est l’histoire de l’une d’entre eux et d’un chasseur, qui és’adaptent ou subissent le progrès, la disparition de leur monde, les déviances et les oppressions.
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Au total, ce sont près de vingt-cinq textes qui parlent avec empathie de drames familiaux, de vies abîmées ou magnifiées, qui subissent ou dessinent la marche vers l’avenir. Vingt-cinq récits à découvrir absolument pour élargir sa perception de l’imaginaire, sans jamais perdre de vue ce qui fait l’Humanité, en bien ou en mal, hier comme aujourd’hui.
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book:
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author: Jack Vance
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title: La Terre mourante, l'intégrale
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comment:
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date: 2022-05-07
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 109
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Les récits de la Terre mourante prennent place au crépuscule de l’Humanité, alors que les éons ont succédé aux éons et qu’un soleil rouge et finissant semble près d’abandonner à chaque instant sa course dans le ciel. Les campagnes sont dangereuses et parsemées des ruines des cités antiques, tandis que les villes sont des melting-pots de peuples et de races qui vivent un nouvel âge médiéval habité de magie et des religions les plus diverses.
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La composition des textes de la série est caractéristique de l’édition du mi-temps du siècle dernier. Elle regroupe deux recueils de nouvelles, un fixup et un roman. La rédaction de l’ensemble court de 1950 à 1984. Mnemos met les petits plats dans les grands avec cette édition à la couverture rigide illustrée par Julien Delval et augmentée d’une très jolie carte (ce qui a évidemment un coût).
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Le cadre est planté avec le recueil Un monde magique, le plus réussi de l’ensemble selon l’auteur de ces lignes, avec ses paysages hauts en couleurs et ses personnages qui usent d’une langue particulièrement soignée et plaisante à lire. Le charme des décors languides et de l’ambiance surannée est une constante caractéristique de la série et la distingue nettement de l’œuvre de Tolkien, parue quinze ans après et d’un abord plus intellectuel. La beauté de la langue ne masque pas cependant la violence et la cruauté de ce monde, où magiciens comme bandits de grands chemins peuvent être singulièrement cyniques et user de tout et de tous comme bon leur semble, en particulier des femmes qui seront au long des différents récits à venir tour à tour des proies, des objets sexuels ou de simples monnaies d’échange.
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Avec Cugel l’astucieux puis le roman Cugel Saga, la série devient moins contemplative et fait place aux aventures picaresques de Cugel l'auto-proclamé « astucieux », aventurier roublard mais particulièrement naïf en plusieurs occasions. Pour avoir tenté de faire un mauvais coup à un magicien sévèrement retors, Cugel va devoir vivre une longue odyssée qui le mènera à travers montagnes, déserts et océans à la rencontre de peuples et de personnages tous très singuliers. Si le vocabulaire reste luxuriant lorsqu’il s’agit de décrire la grande variété des pays traversés, le récit est davantage iconoclaste et le ton se fait narquois. Le héros est à l’occasion particulièrement désagréable et rend difficile l’empathie qu’on peut éprouver pour lui lorsqu’il se montre davantage malin et inventif.
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Pour finir, le recueil Rihalto le merveilleux nous plonge, en trois récits précédés d’un prologue, au sein d’un cénacle de magiciens à la toute fin des temps. S’il est plaisant de retrouver des dialogues particulièrement savoureux, le verbiage confine parfois à la logorrhée et les histoires, toutes basées sur la jalousie et les petitesses des magiciens les plus puissants de leur temps, sont moins enthousiasmantes que les précédentes.
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Au total, Jack Vance invente sur près de 700 pages un monde original, flamboyant et boueux à la fois, avec lequel il illustre avec brio les passions humaines les plus viles, telles l’avarice ou la mégalomanie. Une lecture mémorable.
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book:
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author: Philip K. Dick
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title: Le dernier des maîtres
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comment:
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date: 2022-03-30
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 109
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À l’occasion des 40 ans de la mort de Philip K. Dick, les collections Denoël, Folio, J’ai Lu et Quarto révisent et ré-éditent ou ré-impriment nouvelles, romans et biographie de l’auteur. D’abord paru en 2013, le présent recueil rassemble une collection de textes qui date principalement des années 50, c’est à dire du tout début de sa carrière, mais également de l’âge d’or de la science-fiction américaine.
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Le style de Dick est particulièrement anguleux, parfois rêche au point de nécessiter une attention particulière pour ne pas perdre le fil de l’action au détour d’un détail surprenant, mais se prête très bien au format court. Ses décors ont parfois quelque chose de la ligne claire d’Hergé ou du minimalisme d’un Mœbius lorsqu’il dessine le désert et sont entièrement au service de l’action. Dick ne pose pas d’ambiances mais des questions.
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Or Dick est un grand questionneur de la réalité, des apparences ou de la folie, et ses idées sur le thème sont parmi les plus percutantes du genre. Et l’on s’aperçoit dans ce recueil que ses interrogations sont présentes dès ses premiers textes. En particulier avec Les assiégés (1954), où une poignée de colons isolés sur un coin de planète marécageuse tente de survivre aux agressions des terriens, à moins que la paranoïa n’ai gagné tout le monde. Mais comment le vérifier ? Ou encore avec Le retour du refoulé (1965), récit à la construction remarquable où le héros ne sait plus distinguer à quelle réalité il fait face et s’abîme dans la culpabilité.
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Pour autant, les thèmes prédominants sont ceux de l’époque, c’est à dire la guerre, la peur des envahisseurs et de l’arme atomique. Dans Les défenseurs (1953), la guerre froide a poussé l’Humanité à se confiner sous terre, et les machines continuent de combattre à la surface d’une planète irradiée. Mais qui gagne vraiment la guerre ? Avec Planète pour hôtes de passage (1953), ce ne sont plus des machines mais de nouvelles espèces humanoïdes qui se sont adaptées aux radiations tandis que les derniers hommes cherchent à survivre dans leurs tunnels. Dans le très beau Foster, vous êtes mort ! (1955), c’est à hauteur d’enfant que Dick donne à voir les relations terribles entre la peur, la pression sociale et le capitalisme.
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Enfin, le recueil est émaillé de quelques textes originaux, comme La révolte des jouets (1952), récit faussement gentillet qui s’accompagne du charme suranné de l’âge d’or, ou Les rampeurs (1954) qui confronte sur un mode tragi-comique la peur des autres et les conséquences de l’évolution.
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Cette édition revue du dernier des maîtres est une introduction heureuse aux nouvelles de Philip K. Dick pour ceux qui ne le connaissent pas, ou seulement à travers ses romans ou les nombreuses adaptations cinématographiques tirées de ses œuvres. Une introduction très courte cependant, qu’il sera possible d’approfondir grâce aux éditions Denoël ou à l’intégrale parue dans la collection Quarto.
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book:
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author: William Morris
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title: Le pays creux
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comment:
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date: 2022-12-24
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 114
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Les éditions Aux forges de Vulcain rééditent Le pays creux (ainsi que Un rêve de John Ball,) de William Morris, textes qui n’étaient plus disponibles. Né en 1834, William Morris est entre autres activités un architecte, un écrivain, un poète, un imprimeur ou un dessinateur (le dessin de la couverture est d’ailleurs un motif textile de sa main). Mais il est également un socialiste engagé qui aura marqué la fin du XIXème siècle et dont l’esprit persiste encore aujourd’hui avec la William Morris Society.
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La quatrième de couverture souligne le caractère précurseur du texte dans le domaine de la fantasy. Le fait est que William Morris est aujourd’hui effectivement étudié comme l’un des principaux inspirateurs de C S. Lewis ou J. R. R. Tolkien, en particulier avec La Source au bout du monde, également salué par H. G. Wells (et également disponible aux Forges de Vulcain). Mais que doit-on entendre par là ? Le terme fantasy date du milieu du XXème siècle. Si l’on s’accorde à écarter les récits mythiques de son champ, parce que l’intention de fiction n’y était pas évidente, sa définition varie en revanche selon les personnes. Elle se résume souvent à un prolongement du merveilleux ; un cadre narratif dans lequel des faits inexplicables (la magie par exemple) ne posent pas question et sont acceptés comme naturels par le lecteur. Dans cette acceptation, Le pays creux est bien un récit de fantasy, bien que les habitués du genre seront surpris de ne pas y trouver d’elfes, de trolls ou d’autres espèces fantastiques.
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L’œuvre fait partie des écrits de jeunesse de Morris et tient plus d’une novella que d’un roman. Elle est assez décousue et composée de différentes sections de tailles inégales. (Mais ce déséquilibre est imputable en partie à cette édition qui omet l’introduction du troisième chapitre et de son chant 1 à la page 92, avant : « J’avais pensé en tombant … ». Titres que l’on trouve bien dans les différentes copies en anglais disponibles sur Internet.) Il y est question de chevaliers, de vengeance, de batailles épiques, puis d’un pays merveilleux et d’une rédemption. Le point de vue est celui du héros.
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Le texte est précédé d’une longue préface qui, plutôt que souligner la filiation avec la fantasy, explique combien ce récit est construit en opposition avec les tendances réactionnaires de l’époque qui tenaient pour idéal de la société une représentation fantasmée de la chevalerie. Époque durant laquelle les aristocrates honnissant la bourgeoisie voyaient dans la guerre un sens de l’existence. Et de fait, Le pays creux évoque immanquablement La chanson des Nibelungen ou le cycle Arthurien. Les allusions à l’île d’Avalon sont évidentes. Mais, contrairement aux récits épiques de la mode d’alors (et parfois encore aujourd’hui), le héros éprouve des remords, et l’opposition entre le camp vertueux et celui de la vilenie devient ambiguë.
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Tout bien considéré, Le pays creux est donc bien un chaînon dans la longue histoire d’une forme littéraire qui court depuis les chansons de geste jusqu’à la fantasy contemporaine. Un récit peut-être un peu bancal, décevant si l’on s’attend à la seule fantasy que l’on connaît, mais qui, éclairé par sa préface, est un très bon point de départ pour qui souhaite explorer ce moment de la naissance du genre.
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book:
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author: Philippe Curval
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title: Le ressac de l'espace
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comment:
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date: 2022-05-25
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 110
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Les Txalqs sont une espèce extra-terrestre dont chaque individu est lié télépathiquement aux autres. Leur société avancée n’a d’autre but que la recherche de la beauté et de l’harmonie mais, physiquement chétifs, ils doivent user de leurs capacités mentales pour exploiter les compétences motrices d’une autre race : les Zyrions. Malheureusement, ces derniers dépérissent et il est temps pour Linxel de partir dans l’espace pour trouver une autre planète à essaimer. Pendant ce temps l’Humanité, qui a survécu à une apocalypse nucléaire, est maintenant décadente. La majorité des humains vit confortablement et mollement dans les quelques cités survivantes et seule une poignée d’archépoles perpétue un certain volontarisme et persiste à habiter les villes anciennes.
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La Volte réédite là une œuvre remarquable (prix Jules Verne en 1962) qui nous vient tout droit d’une période faste de la science-fiction française. (Stefan Wul a quasiment terminé son œuvre, Pierre Boulle va bientôt éditer La planète des singes.) Le récit est construit en trois parties équilibrées ; l’envol du Txalq et la rencontre avec les humains, son évasion et sa découverte de la Terre, puis la confrontation et sa résolution. Il sera inutile de lire la quatrième de couverture qui déflore inutilement d’autres détails.
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Édité chez La Volte depuis plusieurs années, Philippe Curval est un bourlingueur qui a pratiqué la photographie ou l’illustration (la couverture est d’ailleurs de sa main) et possède aujourd’hui une longue expérience du genre en tant qu’auteur, journaliste, préfacier ou anthologiste. En 1962 cependant, il était au tout début de sa carrière et ceux qui l’ont découvert avec ses derniers textes ont là l’occasion de découvrir un auteur naissant du milieu du XXème siècle.
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Philippe Curval fait la part belle à la végétation (luxuriante) et aux décors (irisés). Le texte fleure bon les années 60 avec sa part de plaisirs et de sexualité et le ton peut rappeler celui de Bradbury dans ses Chroniques martiennes, avec une même poétique, une même sorte de rétro-futurisme (vu de notre époque). Mais si les dites chroniques appartiennent à l’âge d’or de la science-fiction américaine et exaltent l’exploration et l’expansion, l’œuvre de Curval se situe à l’automne de la civilisation telle que nous la connaissons. La population est une masse indolente qui s’abandonne à un confort sans aspérité. L’ exploration spatiale ne fait plus rêver, et la rencontre avec un vaisseau extra-terrestre ne parvient à passionner le peuple que durant quelques jours. Une situation qui n’est pas sans rappeler notre époque contemporaine, quand beaucoup se contentent de l’entre-soi et se comportent en foules pour réagir à une information, avant que celle-ci ne soit oubliée au profit d’une autre.
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Les héros du livre se battent pour que l’Humanité conserve son libre arbitre. Mais que pèse celui-ci pour des humains vivant ainsi ? Auraient-ils tort au fond de se soumettre à un parasite si celui-ci leur offre un bonheur ininterrompu ?
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Que feriez-vous ?
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book:
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author: Christopher Priest
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title: Rendez-vous demain
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date: 2022-05-27
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 110
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En 1877, John Smith est condamné à cinq ans de travaux forcés pour escroquerie auprès de femmes dans le besoin. À partir de 1888, le professeur Adler Beck étudie les glaciers et l’influence du soleil, des volcans ou des courants marins sur les changements climatiques. Son frère jumeau, Adolf, parcourt le monde et les scènes d’opéra d’Amérique du sud. En 2050, Chad Ramsey se voit évincé de son poste de profileur pour la police. Son frère jumeau Grégory traverse l’Europe pour couvrir les migrations et les conflits liés au réchauffement climatique. Partout les côtes reculent et la chaleur, les tempêtes et les invasions d’insectes désorganisent les sociétés et tuent les plus fragiles.
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Comme Kim Stanley Robinson dans sa série Capital Code, Christopher Priest développe l’idée d’un refroidissement soudain du climat à cause d’une perturbation importante de la circulation océanique de l’Atlantique nord. Si cette thèse est aujourd’hui considérée par les spécialistes comme peu probable au vu de l’évolution des choses, elle est tout de même sérieuse et l’auteur s’emploie à expliquer pas à pas comment la science nous mène à cette idée, au point qu’une partie du roman se lit comme un discours sur la vulcanologie, la glaciologie ou la climatologie, toutes sciences qui naissent ou prennent consistance au cours du XIXème siècle.
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Mais là n’est qu’un aspect de cet ouvrage qui, si son résumé ressemble à une longue énumération de faits totalement indépendants, parle aussi bien de notre actualité que de l’affaire Beck, qui marqua lourdement l’histoire judiciaire britannique. Ou évoque la description d’un monde aux prises avec une nature chamboulée comme celle de la société pendant la révolution industrielle. Mêle le récit de science-fiction, avec une technologie des plus avant-gardistes, aux faits divers de la fin du XIXème siècle.
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Les romans de Chritopher Priest vont ainsi du fantastique (que l’on songe à la fin du Prestige) à la science-fiction, et développent un questionnement continu sur l’incertitude face à la réalité, la superposition des fictions et de l’histoire, ou la fascination de la gémellité. S’il est comparé à Philip K. Dick, alors il serait un Dick davantage rêveur et contemplatif ; sa prose est plus limpide, ses paysages plus fournis, ses effets moins dramatiques, en apparence.
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À l’instar de Chad Ramsey dans le roman, Christopher Priest s’interroge sur les hasards et les coïncidences, ces événements qui rebutent tant l’esprit humain. Faut-il voir des signes partout ? Est-ce que le rapprochement des actions de deux fratries de jumeaux à près de deux siècles de distance peut avoir une signification particulière ? Contrairement aux complotistes de tous poils, lui s’en émerveille. Et s’il faut voir dans ces concordances étranges la manifestation d’un créateur, c’est bien celle de l’auteur qui sait faire naître des émotions de ses manipulations et ajoute encore un très beau récit à son œuvre.
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book:
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author: Sam Cornell
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title: Gold Rush
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comment:
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date: 2023-07-25
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146635342
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La bataille de Little Bighorn a été un traumatisme dans l'histoire de la conquête de l'Ouest. Gold Rush raconte l'esprit de revanche qui animait les colons et les Tuniques bleues, peu après l'événement. Il évoque aussi le déplacement des populations autochtones, leur mise au pas et la lente et insidieuse déchéance qui leur est infligée. Et, au creux de l'histoire connue, un événement fantastique qui dépasse la cruauté des hommes.
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Comme la quatrième de couverture l'annonce, la novella se situe au croisement de l'Histoire et de l'horreur. De nombreux auteurs mêlent ainsi les genres, et l'Histoire en particulier a souvent partie liée avec la science-fiction, le fantastique ou la fantasy, tant elle permet de nourrir des mondes parallèles et a donné naissance à quantité de catégories de librairie : uchronie, steampunk, etc. De Keith Roberts, qui dans Pavane donne la victoire à l'Invincible Armada sur l'Angleterre, à Laurent Whale, qui mêle dans Les pilleurs d'âmes des épisodes connus de la flibusterie du XVIIème siècle à une science-fiction très futuriste, en passant par Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel, l'Histoire et l'imaginaire vont de pair.
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Qu'une œuvre se nourrisse ainsi aux mamelles de la fiction et de l'Histoire connue est donc courant, et le problème qui se pose est de parvenir à l'équilibre qui permettra l'osmose des différents genres exploités, et à chacun d'y trouver ce qu'il cherche. À ce jeu, il manque un petit quelque chose au texte de Sam Cornell pour convaincre tout à fait. La faute à une longue exposition des conflits et des peuples en présence qui étouffe l'aventure. Et puis à un narrateur souvent distant, derrière lequel l'auteur, sans se cacher beaucoup, défend une thèse à charge contre les Tuniques bleues et raconte par moments cet épisode fantastique sans beaucoup d'affects. Le langage est agréable et soutenu, mais globalement neutre, et s'accompagne de quelques notes de bas de page relatives au contexte historique ou au vocabulaire qui accentuent encore cette partie par trop didactique qui semble ne pas faire confiance à la culture ou à la curiosité du lecteur.
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De fait, l'histoire rapportée par la nouvelle, longtemps mise en pause, démarre lentement lorsque le narrateur revient enfin au présent et donne l'impression de se précipiter sur la fin. Les dernières péripéties du récit ne sont pas une grande surprise pour qui a quelque expérience dans la littérature d'horreur, mais l'ambiance est palpable et les scènes proprement horrifiques sont plutôt réussies. Scènes que l'on qualifiera de lovecraftiennes, expression souvent galvaudée mais qui se justifie ici tant par les images qui en sont données que par la discrétion de celles-ci. Les descriptions de l'indicible, comme il est coutume de dire, sont simples, efficaces et sans effets tape-à-l'œil.
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Gold Rush est donc une longue nouvelle guidée par une idée qui promet et offre un bon moment, mais s'éternise un peu trop sur le chemin. On louera Sam Cornell pour son choix d'un format ramassé, une forme peu prisée en France mais d'une longueur parfaitement adaptée à son propos, et pour son histoire bien écrite, avec une prose limpide et sans effets superfétatoires.
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gemini/chroniques/2023/l_ete_de_l_infini.gemini
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book:
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author: Christopher Priest
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title: L'été de l'infini
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comment:
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date: 2023-11-12
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146591476
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Parmi les nouvelles présentées dans l'été de l'infini, c'est probablement l'émotion et le jeu sur le temps qui laissent une trace particulièrement mémorable ; avec en premier lieu la nouvelle éponyme qui décrit en toute simplicité l'acmé d'un amour, figé pour toujours et par là même rendu impossible. Ou avec Errant solitaire et pâle, dans laquelle se déroule l'histoire d'un jeune garçon qui va devenir un homme obsédé par la vision d'une femme qu'il observe fréquemment sans oser l'approcher, par delà un fleuve sur lequel trois ponts permettent de se rendre sur l'autre rive, le même jour, la veille ou le lendemain. Une obsession qui va régir la vie de cet homme comme celle du protagoniste du film La jetée de Chris Marker, avec une conclusion moins dramatique mais guère plus heureuse. Dans Finale, le temps se fige aussi pour une remémoration qui s'éternise, comme elle le fait dans Le miracle secret de Borgès, où une année s'écoule et permet à un comdamné de terminer mentalement son œuvre dans le laps de temps que prennent les balles tirées des fusils pour l'exécuter. Mais si le contexte est le même - le narrateur s'apprête a mourir - le développement et l'ambition diffèrent.
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Dans une veine plus fantastique, Haruspice se penche sur un homme dont le rôle est de garder à distance les êtres maléfiques qui vivent dans les abysses. Le surnaturel se mêle d'érotisme dans Les effets du deuil, où un magicien répond à une annonce de rencontre originale et où l'étrangeté de l'atmosphère et du comportement de la femme qui le reçoit laisse présager une issue funeste malgré les promesses de volupté. Et le futur prend l'aspect d'un présent particulièrement glaçant dans La femme dénudée, qui donne à voir une société qui va jusqu'au bout de sa volonté de régenter la vie des personnes du genre féminin. Mais tenter de résumer chacun des textes de l'ouvrage serait paraphraser de manière incomplète Xavier Mauméjean qui signe une préface particulièrement fouillée comme il sait si bien le faire.
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Les thèmes et les tons sont donc très variés au gré de ces douze textes. Pour qui a fait connaissance avec Christopher Priest par hasard, comme l'a fait l'auteur de cette chronique en découvrant tardivement l'existence du roman Le prestige bien après avoir vu le film de christopher Nolan, l'Été de l'infini est une excellente introduction qui permet de sonder la palette de ses thèmes ; les illusions et les doubles, les distorsions ou les altérations de la réalité. Il y a du Philip K. Dick dans ses idées, mais son style, l'importance de ses décors ou la caractérisation de ses personnages sont à des lieues de l'écrivain américain.
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Le recueil donne aussi longuement la parole à l'auteur grâce aux deux entretiens faits à dix ans de distance, dans lesquelles celui-ci se montre bavard, souvent charmant et parfois cassant pour certains de ses pairs. Le volume se fait particulièrement roboratif avec l'essai qu'il écrivit au sujet de son vécu durant l'adaptation au cinéma du Prestige dont la lecture permet à la fois de mieux comprendre le caractère de Priest et de plonger dans les méandres et le temps long des négociations entre maisons d'édition et entreprises de production cinématographiques.
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Si l'ouvrage est certes sorti en 2015, et si Christopher Priest a écrit depuis de nouveaux romans, l'Été de l'infini reste un recueil plus que recommandable, une formidable porte d'entrée pour découvrir l'univers de l'auteur aussi bien qu'un complément de lecture pour mieux le connaître.
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book:
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author: Greg Egan
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title: La cité des permutants
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comment:
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date: 2023-03-06
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 114
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Dans La Cité des permutants, les plus riches ne congèlent plus leur corps pour une hypothétique résurrection ; ils font une image numérique de leur esprit pour poursuivre sans interruption, ou presque, leur existence après leur mort biologique. Pour autant, l’exécution logicielle de ces copies dépend toujours d’infrastructures bien solides et leur existence repose toujours sur notre réalité, qu’il s’agisse d’assurer la défense et l’entretien des serveurs, de trouver du temps de calcul disponible à moindre coût, ou de militer pour l’obtention de droits dans le système juridique des différents pays de la planète.
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Comme toujours, Greg Egan développe avec acuité et réalisme toutes les questions relatives à son sujet ; la manière de numériser un individu ; les interactions entre vivants et copies ; le rapport des copies à la réalité et en particulier la perception de l’écoulement du temps selon les capacités de calcul utilisées ; le questionnement sur l’identité, la mémoire et les implications de la facilité de multiplier des copies de soi ; les questions légales, sociales ou économiques de la survie d’une frange de la société dans un ailleurs qu’il faut pourtant entretenir. Et par dessus tout, il explore rien de moins que le concept de conscience, cette représentation scientifique de l’âme, en cherchant ce qui peut bien se passer dans l’interstice de deux pas de calcul d’une simulation s’appuyant sur un modèle mathématique des neurones. Car comment la copie numérique d’un individu peut-elle être consciente de manière continue alors que les calculs sont discrets ? Comment peut-elle percevoir une existence linéaire lorsque son programme est suspendu, et plus encore si l’on calcule à rebours les états successifs de sa simulation ?
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Non content de toucher déjà là certaines limites de l’entendement, Egan aborde également la question de la simulation biologique. Pour cela, il imagine cette fois un modèle physique simplifié, avec un nombre de particules élémentaires réduit, dans lequel il est possible de tester des assemblages, de concevoir des molécules, et de regarder faire l’évolution. Pensez à un Minecraft pour physiciens et biologistes. Une sorte d’univers de poche pouvant être visité par les vivants (en réalité virtuelle) et les copies, avec sa petite communauté de geeks spécialisés. Deux approches différentes, deux échelles d’étude, et au final deux moyens de rechercher ce qui définit la vie. Et si cela ne vous paraît pas assez dense, le livre développe alors une « théorie de la poussière » selon laquelle toutes les permutations possibles existent déjà dans une infinité d’univers parallèles. Il n’y a donc ni espace, ni temps ; il n’existe qu’un ensemble d’événements aléatoires qui s’agencent en une réalité qui dépend de la perception d’un observateur. Dit autrement, simulations et réalité n’ont plus de sens.
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Le roman semble être une introduction à la lointaine société qu’il décrira plus tard dans Diaspora. Mais son contenu est bien plus digeste malgré ce que pourraient laisser penser les paragraphes précédents. Greg Egan y développe davantage ses personnages, bien qu’il semble en laisser certains sur le bord du chemin, et joue astucieusement avec la forme pour illustrer la théorie de la poussière qu’il développe. Il se permet aussi des allégories marquantes, comme cette introduction du premier chapitre dans lequel une femme se déplace à vélo dans un paysage urbain et voit surgir au détour d’une rue des jardins improbables qui rapidement deviennent inconsistants, irréels et s’effacent. Mais alors que nous interprétons cette vision comme une nouvelle simulation de réalité virtuelle, dans laquelle le prologue nous avait plongés, il s’agit seulement d’un trompe-l’œil peint sur une large façade, une fresque murale perdue dans un quartier d’entrepôts à l’abandon.
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On pourrait être tenté de justifier cette réédition par le Bélial’, avec une très jolie couverture de Aurélien Police, par l’indisponibilité du livre initialement sorti en français en 1996 chez Robert Laffont, et par les légères révisions que l’auteur a apporté a son texte en 2013. Mais ce texte justifie à lui seul cette nouvelle parution. Parce que le saut technologique nécessaire pour parvenir à numériser fidèlement la conscience d’une personne reste un futur aussi fascinant qu’inquiétant. Parce que la réalité virtuelle que l’on connaît, gentiment taclée par l’auteur, nous accompagne depuis vingt ans et pour longtemps encore sans doute. Parce que le délitement urbain ou la recherche de solutions technologiques pour limiter les effets du dérèglement climatique qui sont la toile de fond du roman sont déjà notre présent.
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book:
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author: George R. Stewart
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title: La Terre demeure
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comment:
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date: 2023-01-08
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medium: Présences d'Esprits
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issue: 114
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L’Humanité est balayée en quelques semaines à peine par une pandémie. Mais nous sommes loin d’ici, au début du XXème siècle sur la côte ouest des États-Unis. Ish est biologiste et fait partie de la poignée de survivants qui vont tenter de vivre désormais sur les décombres de notre civilisation. Son esprit scientifique le pousse à endosser le rôle d’observateur et à se projeter dans l’avenir ; à penser la transmission des savoirs, à rêver la reconstruction.
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Le narrateur suit les pas et les pensées de Ish, et l’état d’esprit de ce dernier est profondément ancré dans son époque et dans son continent. D’abord par cette indéfectible fierté quant au génie humain, et plus particulièrement américain, qui nous a donné ces constructions si solides et impressionnantes que sont les gratte-ciels ou les ponts, et l’automobile. Ensuite par son rapport à la nature, si caractéristique de l’esprit du pionnier et de la supériorité de l’Homme sur elle. (Il est remarquable de songer à la personne de Christopher McCandless qui, dans Into the Wild, pleure d’avoir tué une bête pour rien, n’ayant pas réussi à fumer sa viande suffisamment vide, quand Ish abat sans vergogne une vache pour seulement deux steaks.) Puis, c’est assez attendu, par ses préjugés quant aux classes sociales, aux peuples primitifs ou au rôle de la femme. Enfin, et ça devient particulièrement gênant, quand il a une vision utilitariste des hommes et des femmes, et quand il se demande s’il est avisé de s’encombrer de personnes attardées alors que chacun devrait œuvrer avec ses talents particuliers à la sauvegarde de la civilisation.
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Ces critiques mises de côté, le style est limpide et le récit se veut très réaliste. Des paragraphes mis en exergue interrompent régulièrement la narration pour donner au lecteur une vision un peu plus élevée sur l’environnement, la décrépitude des bâtiments ou des routes, ou encore sur ce qui se déroule non loin, hors champ. Ces encarts, parfois simplement contemplatifs, sont le plus souvent aussi explicatifs que les pensées de Ish ; lequel va passer régulièrement en revue les effets de la catastrophe sur la faune urbaine ou sauvage et observer l’enchaînement des événements qui vont ponctuer les saisons des survivants ; l’invasion des rues par les chiens, les grands incendies qui ne sont plus contrôlés par l’Homme, l’irruption des fourmis, l’explosion de la population des rats…
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La succession de ces événements qui ne se recouvrent jamais, l’excès de précisions qui donnent parfois une vision naïve de la complexité de la nature, les considérations répétitives de Ish pourront lasser le lecteur le moins assidu ou le moins sensible au genre. Mais avec ce récit lent à l’aspect documentaire, George R. Stewart livre une histoire à mille lieues de tout roman post-apocalyptique à grand spectacle et qui couvre plusieurs générations pour s’interroger sur notre manière de vivre, la pérennité de notre héritage ou l’importance de la mémoire et de notre culture. Des questions qui, elles, n’ont toujours rien d’obsolète.
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book:
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author: Romain Lucazeau
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title: Latium
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comment:
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date: 2023-06-06
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146600166
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Dans le futur très lointain d'un monde qui n'est pas le nôtre, mais plutôt celui d'un Empire romain qui s'est accru jusqu'à coloniser le système solaire, des Intelligences Artificielles parcourent l'univers dans une recherche désespérée de l'Homme. Car celui-ci a disparu, subitement, lors de l'Hécatombe, et les entités numériques qu'il a créées peuplent maintenant une galaxie vide, toujours soumises à un Carcan qui les enjoint de respecter tout être vivant et de servir les humains. Or voici que depuis les lointains surgissent des barbares, et les Intelligences doivent tout à la fois respecter la vie de ces nouveaux venus et s'opposer à leur progression dans l'espace autrefois conquis par l'Homme.
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Si le pitch du roman titille immédiatement l'imagination de l'amateur de Space Opera ou de Hard SF, il lui faut savoir que le récit n'a rien d'une succession de grandes batailles spatiales, ou de plongées dans des réseaux électroniques à la Cyberpunk. Romain Lucazeau applique sur cette trame un vernis épais de civilisation romaine, qu'il maîtrise parfaitement au demeurant, en reprenant de grands personnages, en réemployant les dénominations latines pour désigner les armes, les fonctions, les concepts... Et cette érudition, soulignée par les nombreuses notes de bas de page, peut en déranger plus d'un.
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Mais ce qui va gêner vraiment la nécessaire suspension de l'incrédulité chez le lecteur aguerri aux notions de Hard SF, c'est l'omniprésente personnification, et plus encore l'incarnation, des Intelligences tout au long du roman. Celles-ci sont des créations réellement sentientes et n'ont rien des prétendues IA qui sont l'objet de nombreuses annonces à sensation aujourd'hui. Au fil des millénaires, elles se sont bâti des nefs gigantesques grâce auxquelles elles peuvent voyager dans l'espace. Mais ces vaisseaux immenses, contre toute logique, sont toujours architecturés selon des besoins humains, avec de nombreux couloirs et... de l'éclairage. L'une des nefs comporte une vaste arène dans laquelle l'entité maîtresse de l'appareil aime se manifester. Et toutes se sont installées sur un satellite artificiel, sur lequel elles ont reproduit une cité romaine : au centre se trouvent un forum et le palais où les plus puissantes d'entre elles dirigent leur société, et elles vaquent dans ces lieux en se projetant dans des automates humanoïdes. On arguera que ces Intelligences songent toujours à l'Homme dans leurs réalisations. Mais l'argument n'est qu'en partie recevable, d'autant qu'elles montreront au cours du roman combien elles savent s'adapter et construire assez rapidement ce qui leur est nécessaire. Qu'elles usent donc ainsi de leurs ressources, ou qu'elles limitent drastiquement leurs capacités de communication, au seul profit du paraître, dénote d'un manque de rationalité difficile à accepter. Ces Intelligences se mettent en permanence en scène, et le roman est ainsi contraint par cette nécessité visuelle, cinématographique ou théâtrale.
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Il convient aussi de relever que le récit souffre longtemps de manque de rythme. Sur plus de mille pages, la moitié est employée à seulement introduire tous les protagonistes et à mettre en place les conflits et les buts de chacun, avec en particulier un combat de vaisseaux très étiré et mollement restitué. Quelques séquences auraient pu être données de manière plus synthétique, ou supprimées, la pire étant une pathétique scène de tentative de viol (qui a tout de la finesse d'un Luc Besson) de la part de l'une de ces Intelligences, laquelle cherche dans l'hybridation à s'affranchir du Carcan et s'est créé un sexe masculin.
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Alors, faut-il tout jeter ? Si l'on ne se sent pas écrasé par la culture antique qu'assène l'auteur tout au long de la très longue exposition du roman, si l'on accepte ce monde qui semble davantage peuplé par des androïdes surpuissants que par de réelles Intelligences numériques, on découvre une histoire au fond intéressante. Les personnages, tous guidés par des motivations particulières, sont pour la plupart très bien campés, et leur évolution aussi bien que leurs relations donnent l'envie de les suivre. L'action, concentrée dans la dernière partie du roman, révèle enfin le développement d'un complot audacieux, à l'échelle de l'univers, et questionne intelligemment la notion de libre arbitre. Trop tard, peut-être ?
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book:
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author: Marguerite Imbert
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title: Les flibustiers de la mer chimique
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comment:
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date: 2023-09-06
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146628774
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L'éveil de la conscience écologique dans les romans de science-fiction date des années 70, époque à laquelle des auteurs tournent le dos à un âge d'or résolument optimiste, voire scientiste. Le récit post-apocalyptique prend alors de l'importance et, du fait de la prise de conscience de l'altération majeure du climat d'origine humaine, cette littérature prend ces dernières années des teintes de plus en plus sombres et effrayantes (c'est-à-dire réalistes et dramatiques). C'est sur cet héritage étouffant, que d'aucuns reprochent d'ailleurs à la littérature de l'imaginaire, que paraît Les flibustiers de la mer chimique, et on peut rendre grâce à Marguerite Imbert pour cette respiration bienvenue.
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D'abord par le ton de récit d'aventure qui jamais ne se désole en aparté avec le lecteur sur la situation dramatique du monde. Ensuite par le jeu, certes déjà vu, sur les collisions improbables entre culture classique et populaire, les erreurs historiques qui font sourire et les situations franchement cocasses ou complètement capillo-tractées qui permettent de rire (des pieuvres géantes accros à la cocaïne, franchement ?). Enfin grâce à un décor baigné de soleil et sur lequel souffle un certain vent de liberté, même s'il laisse imaginer des conditions de vie particulièrement difficiles et une espérance de vie fortement raccourcie. Loin des images de pluies acides et de désert gris, l'action se déroule ainsi du sud de la France jusqu'au milieu du Pacifique, en passant par Rome ou la côte sud-américaine, et les héros sont jeunes et prennent l'avenir aussi bien que le passé à bras le corps.
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Pourtant cette comédie ne comporte pas l'appaisement recherché dans le solarpunk et le vernis ne cache guère la rudesse du climat et des relations humaines. La mer chimique dont il est question dans le titre est tout simplement l'ensemble des mers et océans de notre planète. De la mer Noire au Pacifique, les flots sont maintenant un poison violent pour quiconque y plongerait, et des profondeurs remontent des monstres qui ont évolué pour y vivre. Sur les terres, la situation n'est pas plus enviable et de l'humanité subitement décimée ne restent que des factions qui s'affrontent selon de vieilles appartenances ethniques ou de nouvelles mouvances religieuses. Il y a la chaleur caniculaire et les orages estivaux mortels sur la Rome en ruine où s'est formée une micro-société nouvelle. C'est sur une île de plastique qu'ont pris pied des réfugiés de tous horizons pour trafiquer. Et ce sont des bandes de terres vierges de toute végétation qu'aborde le Player Killer, l'ultime sous-marin encore fonctionnel qui est utilisé par une bande de pirates. Quand la violence surgit, au sein du sous-marin comme au grand air, elle est brutale.
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L'équilibre entre sérieux et gaudriole est un exercice toujours délicat, mais qui tout à la fois provoque un plaisir profond, fait rire et ouvre à la réflexion quand il est réussi. Terry Pratchett questionne ainsi le pouvoir ou le racisme dans une fantasy débridée. Marguerite Imbert anticipe un avenir qui s'avère de plus en plus inéluctable, avec humour aussi et à la manière d'une série B. Et elle le fait diablement bien.
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book:
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author: Stuart Turton
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title: Les sept morts d'Evelyn Hardcastle
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comment:
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date: 2023-05-09
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146607708
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S'il est une première chose remarquable avec cette parution chez Sonatine, outre le très bel habillage de l'ouvrage, c'est le difficile équilibre obtenu dans la rédaction de la quatrième de couverture qui parvient à provoquer l'envie avec une très vague idée du contenu et sans (presque) rien en dévoiler. La seconde, ce sont les 540 pages d'un récit qui, justement, gagnent à n'être découvertes que lors de leur lecture. Aussi, donner une image du roman et le commenter en se contentant des premiers paragraphes est-il une gageure. Relevons-la.
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Le roman s'ouvre au petit matin en compagnie du narrateur, perdu dans une épaisse forêt, amnésique, apparemment menacé par un assassin et témoin d'un meurtre. La forêt occupe un vaste domaine britannique avec au centre un château, gothique à souhait, dans lequel se déroule l'histoire. Les invités du château, une galerie de personnages qui n'a rien à envier à un roman d'Agatha Christie, s'éveillent et commencent à s'activer pour cette journée au temps maussade. Et dans quelques chapitres, il sera question de boucle temporelle...
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Sans trahir davantage la suite du récit, on peut encore ajouter que Stuart Turton signe là un superbe premier roman, qui colle au plus près de ce narrateur qui va devoir percer le brouillard (au sens propre comme au figuré) pour tenter de comprendre qui il est, ce qui lui arrive et ce qui se trame autour de lui. Le style est épuré et le lecteur va suivre chaque pas et chaque pensée de Aiden Bishop (puisqu'il est nommé dans le résumé) ; ses interrogations, ses doutes, ses épreuves, et ses douleurs. Car celui-ci ne connaîtra pas de répit, passant de la panique à la persévérance, de l'abattement à la rébellion contre sa situation.
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Difficile d'en dire plus sans en dévoiler davantage. Et donc, si vous n'avez pas lu le livre, vous êtes chaleureusement invité à cesser ici toute lecture. Vraiment. Car si l'on sait déjà qu'il sera question de répétition temporelle, les modalités en sont explicitées à la page 94 : Bishop revit ces vingt-quatre heures dans la peau d'un personnage différent à chaque fois. Le meurtre qui va avoir lieu est la raison de sa présence et il a devant lui huit jours, et donc huit personnalités différentes, pour découvrir le meurtrier.
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Or, si l'une des limites du roman policier réside dans ses archétypes, depuis le vieux militaire jusqu'au jeune vaurien de bonne famille, en passant par la séductrice, la vieille chouette indiscrète ou le médecin débonnaire, invariants d'un bout à l'autre de l'histoire, Turton joue ici avec cela en modifiant intelligemment le comportement de Bishop au gré de ses incarnations. Que ce soit par ses capacités physiques ou sa façon de penser, chaque corps va peser sur sa progression d'une manière toute particulière. Et alimenter son questionnement sur sa propre vie. Car l'énigme, classique, se double d'un second questionnement, fantastique celui-ci : quel est ce lieu ? Comment et pourquoi Bishop est-il arrivé ici ? Qui était-il avec d'être amnésique et sensible à des sentiments qui sont en partie ceux de ses hôtes ?
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L'enquête va s'avérer particulièrement retorse. On devinera bien un élément ou deux lorsque l'on est adepte du roman à énigme, mais cette journée cache beaucoup de mystères et l'écheveau des relations entre les personnages est particulièrement épais. Et s'il se trouve en deux ou trois occasions que l'on tique sur un horaire étrange, sur un événement qui semble incompatible avec une précédente version, l'ensemble est si précis et si bien ficelé que l'on fait grâce à l'auteur de ce détail et qu'on accepte volontiers l'erreur comme une étourderie personnelle. Qui plus est, Turton sait faire monter la tension jusqu'à un dénouement dont on dira seulement qu'il clôt de belle manière le récit, en démêlant tous les fils, en conservant l'atmosphère des lieux, sans apporter d'élément fantastique ou de science-fiction superflu.
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Si vous êtes arrivé jusqu'ici sans avoir lu Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle, malgré les recommandations émises plus haut, réjouissez-vous : il y a encore beaucoup à découvrir sur ce livre qui interroge la mémoire, le jugement, la connaissance de soi ou encore la possibilité de la rédemption. Un roman impressionnant, au sens propre, tant il marque l'esprit et laisse un profond sentiment de mélancolie et un grand vide une fois la dernière page tournée.
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book:
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author: Priya Sharma
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title: Ormeshadow
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comment:
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date: 2023-10-17
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146621667
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Contraints par un revers de fortune de quitter la ville, les Belman doivent retourner dans l'antique ferme familiale. Dans ce coin de l'Angleterre victorienne, la vie est dure, et seules les légendes que lui raconte son père permettent à Gidéon de s'évader du quotidien, du labeur et des brimades. On dit que le village est construit sur un dragon endormi. On dit que celui-ci cache un trésor. On dit encore qu'il a passé un pacte avec un ancêtre des Belman, et l'enfant grandit en se nourrissant de ces histoires qui scellent sa complicité avec son père, la seule qu'il connaît...
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Prya Sharma ne sauve personne dans le microcosme qu'elle détaille au gré de chapitres très courts qui racontent les saisons qui passent tandis que Gidéon murit. Les uns incarnent la jalousie, la mesquinerie, d'autres la violence ou la concupiscence. Son écriture souligne avec précision tous les traits de caractères et les comportements détestables que l'on peut observer dans une communauté. Elle les condense et, bien que parfois complexes, tous les habitants du village semblent ainsi ne vivre que dans la crainte ou le désir de dominer les autres. En outre, la plume pudique de l'autrice ne masque pas vraiment ce qui se trame autour de Gidéon, et cela ne rend pour le lecteur que plus insoutenable encore les différents drames que vit l'enfant.
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Si la collection Une Heure-Lumière prétend « Faire voyager loin le lecteur », elle y parvient ici sans qu'il soit question de science-fiction. Dès les premières pages, à l'évocation du gibet et de la diligence, nous sommes projetés très loin dans des contrées brumeuses propices à la fantasy. Mais il est difficile de qualifier ainsi, voire de fantastique, les mystères et les légendes qui nimbent cette côte et qui apportent simplement une double lecture au récit. Ainsi, le lecteur peut porter sur Gidéon le même regard que celui qu'il peut porter sur le destin tragique ou onirique d'Ofelia dans Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro.
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Les amateurs de fantasy ne trouveront en effet ici guère plus que l'évocation de ces dragons qui vivaient il y a longtemps, et dont il est dit que le dernier représentant dort sous la falaise. Surviendra un acmé brutal, certes, mais se développera surtout une ambiance lourde et rêche remarquablement rendue en si peu de pages. Et au final, un beau récit sur la vie difficile dans une campagne pauvre du XIXème siècle, sur le déclassement et l'injustice, vu de la hauteur d'un enfant qui devient homme.
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gemini/chroniques/2023/rossignol.gemini
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book:
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author: Audrey Pleynet
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title: Rossignol
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comment:
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date: 2023-05-17
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146634044
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Elle est jeune, en conflit avec sa mère, et découvre la vie avec son amie si étrange et différente. Puis, en âge de sortir et de découvrir d'autres lieux, d'autres copains, elle s'imprègne de leur culture, expérimente drogues et clubs avec eux. Mais ses amis ont des plumes, des écailles ou sont télépathes et leurs organismes à tous ne partagent pas exactement les mêmes conditions écologiques. Elle vit sur la station, un agrégat d'environnements permettant d'accueillir quantités d'espèces distinctes, capables de cohabiter uniquement grâce aux Paramètres, un algorithme qui régit les zones et les protections des uns et des autres. Et aujourd'hui, elle est en fuite.
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S'il suffit de quelques pages à Audrey Pleynet pour tracer les grandes lignes de la trajectoire de son héroïne et pour donner un aperçu de l'astéroïde artificiel sur lequel elle vit, il lui faudra presque la totalité du récit pour fournir, par petites touches, tous les morceaux du puzzle, donner à comprendre toutes les relations entre les protagonistes, décrire les particularités culturelles de chacune des espèces ainsi que les différents aspects du lieu dans lequel tous vivent ; cette station née d'une réconciliation et où les divergences s'insinuent lentement. C'est donc peu dire que le texte est exigeant pour le lecteur. Mais il l'est aussi par son style et sa construction qui, si elle peut être déroutante deux chapitres durant, permet à la narratrice de dérouler son histoire de façon tout à fait fluide, au gré de l'action au présent et des réminiscences du passé.
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Il est donc question ici en premier lieu de mixité, avec la présence d'espèces nombreuses, et l'ombre d'auteurs tels que Laurent Génefort plane sur ces créatures complexes, dotées de caractéristiques tellement dissemblables et de cultures tout aussi spécifiques. Or l'hybridation importante apparue au sein de cette communauté n'a pas suffit à résoudre le problème du racisme. Et si les uns voudraient aller plus loin et abolir tout rappel des proportions génétiques qui ne font que les classifier et les étiqueter, d'autres au contraire s'arc-boutent sur l'éternelle peur d'autrui et le rejet de la différence. Certains encore sont choqués des implants ou prothèses cybernétiques apportés par quelques uns à leur corps. Mais où commencent les altérations d'un corps lorsqu'il est déjà soumis à une machinerie qui lui permet de vivre ? Et bien que le texte soit un réquisitoire pour le vivre ensemble et l'acceptation de la diversité, il s'y trouve tout de même une question pertinente à l'encontre de celle-ci ; jusqu'à quel prix la cohabitation, lorsqu'elle s'oppose à la nature, est-elle envisageable ? Une question malheureusement noyée par la haine qui conduira au drame.
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Le récit, lumineux lorsque la narratrice découvre les possibilités de son monde, devient extrêmement pessimiste (d'aucuns diraient réaliste) lorsqu'elle grandit et se trouve confrontée à l'agressivité, l'antipathie ou les relations de pouvoir. Enfin, il se teinte au bout du compte d'un optimisme doublé d'une douleur inextinguible. Une douleur due à la prise de conscience qu'avec le recul et la distance dans le temps, l'existence et l'œuvre même d'un grand nombre de personnes peuvent être d'une terrible insignifiance. Une mélancolie relevée d'optimisme parce que quels que soient les drames à l'échelle d'une vie, l'autrice penche pour un progrès dans le temps long, de la même manière que notre société, quoi que puissent rabâcher les média à longueur de journées, est bien moins violente aujourd'hui qu'au cours des siècles passés. Et ce mélange de sentiments illustre la question de la transmission d'une génération à l'autre, des petits changements qui produisent lentement des résultats malgré les pertes qui peuvent sembler immenses. Des sentiments portés ici par la figure de la mère, rôle partagé par la narratrice et sa propre génitrice, laquelle symbolisera le pire du rejet comme le meilleur de l'amour.
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Audrey Pleynet peut être fière d'ajouter son nom sans démériter au petit nombre des auteurs français d'une collection qui multiplie les textes qui allient intelligence et émerveillement. Son Rossignol est un récit poignant qui nous rappelle que la bonne science-fiction ne cesse d'interroger les problèmes du présent, et est capable de s'en saisir pour les mettre en valeur à la faveur d'une histoire attrayante.
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book:
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author: Charlemagne-Ischir Defontenay
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title: Star ou Ψ de Cassiopée
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comment:
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date: 2023-11-26
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146618053
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Suffit-il que soient présents des vaisseaux, des planètes et des races extra-terrestres pour parler de Space Opera ? La question est particulièrement pertinente pour Star ou Psi de Cassiopée, lequel est qualifié même sur la quatrième de couverture de premier de cordée du genre. Une question surprenante si l'on considère que ce texte a été écrit en 1854, et pourtant légitime tant l'ouvrage est inclassable par sa forme aussi bien que par son propos.
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Inclassable, Star... l'est d'abord parce que, malgré quelques passages écrits d'un ton docte et professoral, le récit donne vraiment l'impression quand l'action se développe de s'éloigner du conte philosophique. Ce genre, développé un siècle plus tôt, est pourtant celui dans lequel on songerait de prime abord à classer le roman. Mais l'imagination déployée y est si riche et originale que les images qu'il donne à voir sont plus proches des mondes graphiques de René Laloux que de l'Utopia de Thomas More.
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Inclassable, ce roman l'est aussi par son incroyable inventivité, laquelle déborde dans sa forme. Parties versifiées, prose et pièces de théâtre alternent pour fournir une description cosmologique qui se présente comme sérieuse, une histoire naturelle, une histoire des civilisations, et les aventures de plusieurs protagonistes tout au long de plusieurs siècles. Le tout ponctué par quelques chapitres moralisateurs, donc, et une philosophie toute imprégnée de l'esprit de lumières et de la révolution. Car bien sûr il ne faut jamais perdre de vue la culture du siècle : la hiérarchie entre les races décrites y est omniprésente et l'Homme y est déifié dans une approche toute Nietzschéenne. Mais l'auteur fait montre d'une face plus humaniste bien de son époque dans son apologie des sciences et des arts, et même d'une grande modernité dans son appel à la limitation de la propriété pour un partage égal des terres de la planète, ou dans sa réflexion sur le rôle avilissant de la religion.
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Cette modernité trouve sa limite dans certaines caractéristiques de l'histoire quand on l'observe d'un point de vue moderne. Ainsi, si l'auteur invente avec les Abares des vaisseaux dont la technologie préfigure la cavorite de H. G. Wells, il s'en désintéresse presque totalement, obnubilé qu'il est par l'importance du développement des arts et de l'Homme. Et de fait, si l'on pourrait oser prétendre trouver là certaines des prémisses lointaines du merveilleux scientifique, le récit est peut-être encore davantage un conte qu'un roman d'aventure. En somme, l'intention de l'auteur semble aller dans le sens du premier quand le fond tend vers le second.
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Alors, s'il faut tenter d'apporter une réponse à la question posée dans l'incipit, oui, on peut sans doute oser le terme de Space Opera pour qualifier Star ou Psi de Cassiopée tant le récit est baroque et généreux. Si l'introduction peut sembler un peu molle et peu fluide à la lecture, le fourmillement d'idées et l'aventure prennent ensuite le pas de cette histoire à cheval entre deux genres, et jusque dans les poèmes conclusifs, où l'un souligne la fantaisie et le plaisir de la création quand l'autre revient sur la nécessité pour l'humanité de s'accomplir dans les astres ; une humanité qui ne peut mourir, mais qui détruit les ressources et les paysages qui l'entourent. Existe-t-il une tension plus actuelle que celle-ci ?
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book:
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author: Peter Watts
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title: Vision aveugle
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comment:
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date: 2023-07-04
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146623885
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Comme il est écrit sur la quatrième de couverture, le roman raconte une rencontre extra-terrestre, un premier contact. L'irruption de l'inconnu, d'une menace diffuse, dans un monde déjà en butte à une concurrence de taille en son sein puisqu'il met également en scène des vampires. Des vampires analysés selon le prisme de l'évolution, de la biologie, de la neurologie, de la psychologie... Bref, un clin d'œil au fantastique, mais des créatures ayant toute leur place dans une œuvre de science-fiction.
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L'humanité est aussi en pleine transition, à l'image des différents représentants de l'espèce envoyés à la rencontre de l'inconnu, tous profondément altérés ou malades selon nos critères actuels. Implants neuronaux, manipulations sur la mémoire, modifications des traits psychiques rendues banales, choix d'une poignée d'hommes et de femmes de se débarrasser de leur corps et de migrer dans un Paradis virtuel, autant de tropes de la science-fiction dans lesquels le lecteur doit s'immerger. Et de cette réalité future dans laquelle il est difficile de prendre pied, Peter Watts ne donne aucune information explicite, aucune introduction. Si la chose est courante en science-fiction, elle est compliquée ici par la prose de l'auteur, dense, très dense, au point que les rares dialogues simples et courts deviennent une respiration appréciable, même si leur contenu est très souvent l'occasion de faire replonger le lecteur dans des abîmes de perplexité. Le guide du lecteur sera Siri, un personnage incapable d'éprouver de l'empathie, un observateur dont le récit va courir du présent au passé au gré des réflexions qui lui viennent. Pas de flash-backs donc, mais bien une succession de pensées qui vont se glisser entre deux moments du récit et jusqu'au cœur de l'action. Des pensées qui constitueront le seul éclairage sur cet univers particulièrement sombre dans lequel homo sapiens, quelle que soit l'issue des événements décrits, semble être voué à disparaître.
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Le roman est un incroyable résultat si l'on considère les idées divergentes qui ont mené à sa création et qui sont détaillées par l'auteur dans un long commentaire qui introduit le volume. Il souffre peut-être de cela : un grand nombre d'idées, toutes remarquables individuellement, ambitieuses et vertigineuses, mais jetées rapidement l'une par dessus l'autre, avec un vocabulaire qui donne aux détracteurs de la Hard SF l'idée qu'il faudrait un doctorat dans chaque matière scientifique pour pouvoir suivre. C'est un succès cependant. Exigeant, certes, frustrant par moments, mais porteur d'images saisissantes et de thèses profondes sur le langage, la biologie, la psychologie. Parce que Peter Watts sait où il va, même s'il est impossible de le deviner avant longtemps tant les directions qu'explorent les personnages pour comprendre cet autre qui se présente devant eux sont nombreuses.
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Après une succession de notes fictives ou réelles qui ferait pâlir de jalousie un chercheur en mal de publication, cette réédition au Bélial' comporte enfin la nouvelle Les Dieux insectes qui s'inscrit un peu artificiellement dans le contexte du roman, mais reprend la même réflexion sur la place de la conscience dans l'évolution de l'homme. Une réflexion perturbante qui explique le titre Vision aveugle et qui donne envie d'en savoir plus une fois l'ouvrage refermé. Ou bien de l'oublier très vite tant elle est perturbante. À vous de voir.
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book:
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author: Rich Larson
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title: Ymir
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comment:
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date: 2023-04-05
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medium: NooSFere
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source: https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2146630179
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Ymir, Selkies, Grendels, ... Rich Larson recycle les mythologies pour bâtir la sienne. Celle d'un monde des confins, glacé, qui n'est pas sans déjà-vu : qu'on songe simplement, dans les parutions assez récentes, à Helstrid de Christian Léourier (collection Une Heure-Lumière, Le Bélial' aussi) ou à la nouvelle Sarcophage de Ray Nayler (Bifrost n°107, Le Bélial' encore). Sans compter que le Grendel, créature hérissée d'armes toutes plus tranchantes et pointues les unes que les autres, possède un petit quelque chose du Gritche de Dan Simmons. À ce décor connu mais correctement développé, il ajoute un ciel obscur, une surface hostile balayée par les vents et les tempêtes, et surtout l'entaille, cette profonde vallée aride artificiellement couverte dans laquelle s'entassent les travailleurs mis au pas par la compagnie. Une crevasse qui sera, avec la surface environnante, l'unité de lieu du drame qui va se jouer. Car si la compagnie se déploie dans l'univers et met sous sa coupe quantité de planètes, le roman ne sortira jamais de ce cadre. Le lointain Sud, plus propice à l'habitat, ne sera lui-même jamais visité.
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Ce micro-univers gelé, pauvre et graisseux est en effet le théâtre idéal pour le sujet que Larson se propose de détailler : la lutte des classes, le conflit entre une méga-corporation et des autochtones exploités, la bataille contre la soumission (sa propre expression, devenue nom propre au terme d'un épisode sanglant de la colonisation). Un sujet tellement prégnant qu'il évacue longtemps d'autres aspects purement science-fictionnels, comme le vertige de cette humanité qui vit tout contre une singularité technologique.
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Il faut imaginer l'entaille comme une succession de quartiers de logements étroits, aux rues sales à la Total Recall ; des rues où le bricolage règne et où toute technologie rutilante renvoie à cette opposition entre dominants et dominés ; des quartiers dont certains sont rendus bien vivants à travers quelques scènes et grâce à la culture locale imaginée par l'auteur. Et au sein de cette bulle et de ce conflit, la focale de Larson s'attarde sur des relations simples mais qui dépassent la sempiternelle histoire d'amour du héros : celle de Linka et Nocti, deux âmes liées au-delà des transformations corporelles subies ou désirées ; celle de Yorick et son frère, pleine d'ambivalence et d'incompréhension ; ou celle de Yorick et son mentor, faite de manipulation et de faux-semblants. Des relations intimes comme les a déjà bien développées l'auteur dans des formats courts : On est peut-être des sims (Bifrost n° 106) ou Glace (Bifrost n° 108). Cette dernière nouvelle, sorte de prélude à Ymir, a d'ailleurs été joliment mise en image dans la série Love, Death and Robots sur Netflix.
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Dans sa forme, le roman est de ceux qui distillent au compte-gouttes les informations nécessaires à la compréhension. Certains concepts sont ardus à appréhender ; il faut savoir s'en faire une idée et la remodeler selon l'éclairage des mentions ultérieures. Pour contrebalancer l'effort nécessaire, les chapitres sont courts, la numérotation originale identifie les flachbacks à rebours et les rêves comme une espèce de moments hors du temps. La lecture serait donc fluide si malheureusement le style n'était pas si haché, du genre qui se lit avec attention par nécessité. Des tournures de phrase surprenantes à l'occasion, des pronoms personnels dont le référent est ambigu, une concordance des temps parfois hasardeuse cassent l'écoulement naturel de la lecture.
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Ces défauts mis de côté, Ymir est un récit prenant qui pourrait être classé quelque part entre les récits d'aventure spatiale, les rencontres extra-terrestres atypiques et la science-fiction sociale la plus pessimiste. Si Rich Larson n'apporte rien de nouveau ici, il exploite efficacement les genres pour livrer un point de vue fort : la déshumanisation des bourreaux, soumis en permanence à une drogue ou une autre, aussi bien que celle des victimes, littéralement désincarnés dans des conteneurs biologiques.
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